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12.10.2007

LA TURQUIE ET L'EUROPE

LES PROBLEMES TURCS, L’EUROPE ET L’AMERIQUE

Il fallait s’attendre à ce que le paysage turc rentre dans le brouillard. Premiers responsables, les gouvernements successifs de la Turquie.

A force de se soumettre aux desiderata des ses alliés américains, ces derniers les ont vraiment pris pour des vassaux. Voilà qu’ils veulent envahir le territoire kurde, sans l’autorisation américaine. Les stratèges américains les rappellent à l’ordre car une telle intervention risquerait d’ébranler cette partie de l’Irak plus ou moins stabilisée et deviendraient partie prenante d’un nouveau conflit. D’ailleurs Xavier Solana, est intervenu aussi dans ce sens au nom de l’Union européenne.

D’autre part les militaires turcs voudraient bien rappeler aux politiciens qu’ils sont présents sur la scène politique interne. Une intervention chez les Kurdes, apparemment à issue victorieuse avec très peu de pertes, rehausserait le prestige de ces faucons turcs, ombres du pouvoir en place depuis trop longtemps. Mais même s’ils ne doivent pas étendre outre mesure leur intervention dans le territoire irakien, ils devront intervenir. Il y va maintenant de leur crédibilité.

Il ne faut pas essayer de comprendre la Turquie avec nos critères occidentaux, ni se gargariser avec la soi disant laïcité de l’Etat turc, ni surtout la comparer avec la laïcité française. Ayant un doigt d’un pied en Europe et le reste du corps en Anatolie, en Orient, le pays vit sous deux monothéismes. Le premier est le Kémalisme, saint patron des militaires et d’une caste sociale et politique moderne sinon cosmopolite. Autour des militaires, en particulier des haut gradés, toute une série de coopératives avec des fonds importants. Le corps de l’armée , lui , est plus ou moins de structure orientale avec cette particularité qu’on trouve dans  les frontières turques des « gardiens » sous l’ordre de ce qu’on pourrait appeler un chef de tribu, ou chef local de guerre.  

Le deuxième monothéisme est évidemment l’Islam. Celui qui, à travers une multitude d’associations, est proche des laissés pour compte de la société turque. La démocratie turque est égale à sa corruption. Elle se trouve au même niveau que la corruption bulgare ou croate selon le dernier rapport de Transparency International. Il s’en suit que les plus faibles de la société turque paient les frais, mais en même temps cela provoque des grandes frustrations. D’autant plus fortes que c’est un pays avec une population très jeune et très peu formée et donc avec peu de débouchés. L’Islam peut être un réconfort mais peut aussi être dévié de sa raison d’être.

Dans ce contexte, les reformes constitutionnelles annoncées et la libéralisation du port du foulard prendront une autre dimension.

Au mois de novembre Olie Rehn, le membre finlandais de la Commission européenne présentera officiellement le Rapport sur les avancées turques (et des autres pays candidats) en vue de son adhésion.

J’y reviendrai lorsqu’il sera publié pour discuter de cette question sensible.

Enfin, nous avons tous suivi la remise à l’ordre du jour de la reconnaissance du génocide arménien par la Commission des Affaires Extérieures du Congrès américain. Qu’on ne se trompe pas. Cette reconnaissance est moins un signe de justice à l’égard des Arméniens qu’un signal à l’égard de l’administration Bush.

Bien sûr la réaction nationale turque fut immédiate et procéda au rappel de son ambassadeur pour des entretiens. Mais les discours des politiciens peuvent constituer ce qu’on appelle, dans les couloirs et vulgairement, des pièges à con. C’est avec beaucoup d’aplomb que le nouveau Président turc, Mr Abdulah Giul, déclara que les Turcs ne peuvent accepter une accusation pour un crime que n’a jamais été commis par la nation turque. Je reviendrai sur ce génocide exécuté par les Turcs, regardé avec passivité par les grandes puissances de l’époque. Mais ce chapitre doit être clôturé. La Turquie doit faire sa propre psychanalyse.

Tant que la Turquie n’a pas fait sa propre catharsis, elle n’est pas en mesure d’avoir une vraie démocratie. Et celle-ci ne peut lui être transmise sur un plateau par l’Union européenne. La démocratie s’acquière par ceux mêmes qui en ont besoin, et c’est eux qui la font murir, sinon ils marcheront toujours avec des béquilles.

Commentaires

Très bonne analyse.

Écrit par : plotin | 12.10.2007

Je vous rejoins sur le fin de votre texte. Laissons la Turquie régler ses problèmes avec ses voisins et SON Histoire. Et surtout évitons d'écrire l'histoire des autres pays tout en sachant que nous ne sommes même pas capable de lire la nôtre ni même de l'écire d'ailleurs. Enfin, je ne pense pas que la Turquie ce soit soumis (à force) aux Etats-Unis, rappellez-vous du refus de la Turquie en 2003.
Pour finir, votre passage "Il ne faut pas essayer de comprendre la Turquie avec nos critères occidentaux..." relève d'un sectarimse exacerbé.

Écrit par : Onalan | 12.10.2007

Je crois qu'il faut distinguer peuple turc et gouvernement turc. J'ai un grand respect pour le peuple turc, et dans mon esprit le qualifier d'oriental n'est pas du tout sectaire. Il a , par son histoire et sa culture, d'autres critères pour juger telle ou telle chose. Il en va de même pour les divers peuples des Balkans.Il ne faut pas faire des amalgames. Quant au gouvernement, demandeur d'adhérer à l'Union européenne, vous savez aussi bien que moi que le chemin est long jusqu'à la maturité de la démocratie turque.
Il est exact par contre que la Turquie a adressé , en 2003, un premier refus. Mais la nature de ce refus et les raisons qui l'ont motivé rendent ce refus peu convaincant. N'empêche que j'aurais dû le rappeler.

Écrit par : gerassimoszorbas | 13.10.2007

Merci plotin.
Le sujet est délicat . Son analyse exige une bonne connaissance de la région, de l'histoire mais aussi des susceptibilités nationales et des positions multiples et variées de nos gouvernements en fonction de la conjoncture politique.

Écrit par : gerassimoszorbas | 13.10.2007

Je suis d'avis de "gerassimoszorbas", là on touche des vérités partielles. Des points importants avec un semblant de vérité. La Turquie est à lors actuelle en construction, mais je suis d'avis qu'on ne fait pas l'histoire des uns et des autres mais que ceux-ci tendent à s'accorder avec le temps.

Si on parle du sujet "LES PROBLEMES TURCS, L’EUROPE ET L’AMERIQUE" je pense qu'il n'est pas plus facile d'y trouver une solution (la politique et les intérêts évoluent donc flutuaction de chacun de ces facteurs). Car comme tous pays la Turquie n'accepte pas qu'on lui impose une idée, les USA font avancer leur politique selon leur besoin du moment ou un besoin futur (guerre de l'Irak, soutiens des pays totalitaire, ventes d'armes illégaux), L'Europe joue aussi ce jeux (zones de pays dit démocratique car si on analyse comme un analyse certains pays, on risque bien de retirer ce titre à ceux-ci), donc il est bien important de voir la limite des choses. Ici on parle de la vie sociaux-économique et culturelle de la Turquie, je pense qu'il faut un développement plus important des faits et de la pensé.

Le problème se situe plus dans la compréhension des uns et des autres, des valeurs données par les uns et les autres. Ici, j'écris avec hâte, il faut plus de temps pour donner une analyse la plus exhaustive possible....

Bref, j'aimerai lire un peu plus les autres afin de ne pas oublier certains points importants....

Écrit par : meconnu | 13.10.2007

Meconnu a raison et j'aime bien sa formule:la Turquie est en construction.
Ses problèmes internes et ses relations externes ont cependant un impact sur la politique européenne, donc sur chacun d'entre nous qu'il soit déjà dans l'union ou en attente de devenir membre.
Un vrai débat suppose évidemment le respect des Turcs mais aussi des autres. Sinon on tombe vite dans la caricature des deux cotés. Et , malheureusement, il y a des extremistes de chaque coté. On peut être pour l'entrée de la Turquie sans être de gauche, on peut être contre cette entrée sans être d'extrême droite.
A l'évidence , la Turquie sera un des objets de la campagne pour les prochaines élections européennes, dans deux ans. Il y aura bien des fausses notes et , sans aucun doute, l'histoire sera malménée. Au moins , aujourd'hui, on peut parler calmément et c'est ça qui compte.

Écrit par : gerassimoszorbas | 13.10.2007

Les commentaires sont fermés.

 
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