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02.10.2007

Politique européenne.La Birmanie

Total, France, Commission européenne, Birmanie et crimes contre l’humanité

 Il y avait jadis en Belgique une très belle loi, oui une belle loi, qui permettait de punir tout criminel contre l’humanité et même les chefs d’Etat en exercice.

Elle datait du 16 juin 1993 et s’appelait loi de compétence universelle. Le problème c’est que d’éminents juristes belges du droit international public l’ont condamnée au motif qu’elle violait la souveraineté d’autres Etats. Impensable qu’un pauvre quidam refugié puisse prétendre vouloir condamner une société exploitant la misère humaine ou  pire,  son chef d’Etat tortionnaire. Où va-t-on ? Un jour l’Israël officiel, s’est fâché contre cette prétention belge de juger universellement les éventuels coupables des crimes contre l’humanité. Le ministre des Affaires Etrangères Louis Michel, actuellement commissaire européen, s’est fait taper sur les doigts et que dire de son collègue, ministre de la Défense rappelé à l’ordre par nos alliés américains.

Une si belle loi ne pouvait pas survivre dans un jardin si petit. Et au lieu d’en inspirer l’Union européenne toute entière, elle fut abrogée pour lui substituer un système compliqué : la loi du 5 août 2003.

Total s’est trouvé pris dans l’engrenage de la loi du 5 août 2003 et les aventures judiciaires belges commencèrent. Ce n’est pas encore fini puisque le parquet fédéral  vient de rouvrir l’enquête  pour crimes contre l’humanité. De manière plus concrète, Total  participerait indirectement au travail forcé sur son champ gazier de Yadana. (pour les déboires judiciaires de Total, en Belgique et ailleurs, voir son site).

Le travail forcé, bien qu’illégal, est pratiqué depuis toujours avec la bénédiction, au début du 20e siècle d’un grand empire humaniste, le Commonwealth.

Laissons la justice belge faire son métier, mais je ne peux pas ne pas m’interroger sur la mollesse des réactions de la Commission européenne et notamment de la Commissaire autrichienne, madame Ferrero-Waldner et de Louis Michel, souffrant d’aphonie.

Bien sûr, il y a le communiqué commun de la présidence de l’Union européenne et des Etats-Unis du 26 septembre pour saisir les Nations Unies.

Mais faut-il rappeler à la Commission européenne la dénonciation de la situation humanitaire en Birmanie par le Comité international de la Croix – Rouge du 29 juin 2007 ? Que les deux Commissaires ont fait une belle déclaration le 4 juillet 2007 ?

La Commission européenne a fourni depuis 1992 une aide humanitaire de plus de 105 millions d’euros à la Birmanie , dont 15 ,5 millions au tout début de l’année 2007(sur le budget 2006) pour couvrir les besoins humanitaires fondamentaux d’une population de près d’un million qui souffre. En outre,  65 millions supplémentaires sont prévues pour la période 2007-2013.

Je pose une question : Quand commence un génocide ou un crime contre l’humanité ? Et faut-il qu’il commence ou se pérennise alors que nous avons tous les moyens de pressions pour faire cesser cette situation ?

Pire encore. La Commission européenne va –t-elle échapper à ses responsabilités en faisant savoir que le Quai d'Orsay donne toutes les assurances selon lesquelles "Les activités de Total ne sont pas en contradiction avec le dispositif des sanctions et les mesures restrictives décidées par l'Union européenne" en 1996, comme  déclaré le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères,  interrogé lors d'un point de presse, le 25 septembre. 

Mais qu’attend-elle de Kouchner ? Qui nous dit que tout va mal ? Mais il a déjà dit que tout va bien. C’est Total qui l’écrit sur son site. Ce brave homme d’Etat, « Bon connaisseur du Sud-est asiatique et de son histoire, médecin humanitaire spécialiste des problèmes de santé publique et des situations d'urgence, et homme politique engagé connaissant personnellement Madame Aung San Suu Kyi, avait toute l'expérience requise pour être un observateur critique et impartial de l'action de Total au Myanmar. C'est pourquoi le Groupe lui a demandé, dans le cadre d'un contrat de consultant passé avec sa société BK Conseil, de venir dans ce pays pour se former son propre jugement sur place et pour donner ses avis et recommandations ».

Je ne retiendrai de son rapport complet (voir sur le site de Total) que ce qui a trait à la médecine :   « Le programme socio-économique mené par Total est un vrai succès : couverture médicale de qualité, fort recul des pathologies, progrès de l'hygiène, essor de l'agriculture et de l'élevage, relations de qualité avec les habitants, élimination du travail forcé »

Il est blagueur Kouchner, mais ses blagues sont sinistres.

Voici ce que dit la Commission européenne, le service d’Aide humanitaire(ECHO) «  L'état du secteur de la santé est particulièrement alarmant. Le budget santé par personne est le plus faible du monde. La plupart des régions du pays, surtout dans les zones frontalières, n'ont même pas de service de santé. La mortalité infantile est de 7%, presque quatre fois plus élevée qu'en Thaïlande. L'espérance de vie est de 56 ans, 15 ans de moins qu'en Thaïlande et 22 ans de moins qu'au Royaume-Uni, par exemple. On estime que 34% de la population rurale n'a aucun accès à l'eau potable, ce qui provoque des affections respiratoires et des maladies liées à l'eau, 43% d'entre eux ne bénéficiant pas de systèmes d'assainissement (3 mars 2007)

Et voici ce que dit le « document de stratégie CE/Birmanie (2007-2013), adopté par la Commission européenne.

« La population vit sous la répression politique continue, aggravée par une régression économique (.) ; l’État de droit n’est garanti par aucun moyen.La torture et les exécutions extrajudiciaires restent des moyens répandus dans la lutte du régime contre les opposants politiques et certains groupes ethniques, tandis que les militaires ont recours à des pratiques de travaux forcés. (…) En novembre 2006, l’OIT a exécuté des plans consistant à renvoyer le gouvernement birman devant la Cour internationale de justice de La Haye en raison de son incapacité à supprimer le travail forcé ».

Total fait sa stratégie et comme tous les pétroliers, peu importe le régime. La France peut vouloir défendre Total pour des raisons économiques.

Mais l’Union européenne, et la Commission européenne en particulier, celle qui est garante des intérêts des citoyens européens ne peut rester aveugle. Elle s’est déjà éloignée des peuples européens par une absence de politique sociale, par un traité constitutionnel rejeté, par une incapacité politique d’agir dans les Balkans et dans le Moyen Orient. Elle s’éloignera encore si elle choisit  une politique d’autruche en matière de respect des droits de l’homme au Myanmar. Elle sait ce qui se passe, elle le dit elle-même dans ses propres documents, elle a le devoir de proposer une action immédiate et à chaque Etat membre de prendre ses responsabilités. Elle doit immédiatement revoir  son document de stratégie 2007-2013.

 
 
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