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16.10.2007

GRECE

REFORMES SOCIALES. UN DISCOURS GREC A MEDITER

Il y a eu hier 15 octobre, la rencontre à haut niveau des Comités économiques et sociaux de la zone euro-méditerranéenne.  Les CES  représentent toute une série d’intérêts professionnels et où on retrouve les partenaires sociaux.

A l’occasion de cette réunion le Président de la république hellénique a présenté quelques mots de bienvenue. C’est tout à fait habituel, à l’occasion de grands événements qui ont lieu en Grèce. Certes, le Président de la république hellénique n’a pas les compétences du président de la république française. Au-delà des compétences que lui attribue la Constitution , il a un rôle moral. De ce point de vue la Grèce a eu la bonne fortune d’avoir des Présidents de grand format moral.  Karolos Papoulias, l’actuel Président, appartient à cette catégorie d’hommes d’Etat.

Si j’en parle c’est parce que son intervention était centrée autour de la réforme de la sécurité sociale qui, comme en France, va bouleverser la vie de plusieurs milliers de personnes.

Je vous livre plus ou moins fidèlement ce qu’il a dit.

« Les citoyens de l’Europe et de la Méditerranée   sont inquiets pour l’avenir du travail et de la sécurité sociale et luttent pour la justice sociale. C’est un fait qu’aucune stratégie de développement ne peut être efficace si elle ne place pas l’homme à son centre. Cela signifie que cette stratégie doit avoir comme point de  départ le principe de la protection des faibles   et l’acceptation que le fonctionnement du marché ne peut être l’unique facteur de régulation. (….).

Evoquant le rôle des Comités économiques et sociaux, il continue :

« On observe sur le plan international,  le phénomène des entreprises gigantesques avec une progression fulgurante de leurs gains qui procèdent à une réduction drastique de leur personnel. Tant que les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres, tant augmentera le danger pour la cohésion  du tissu social ; Ces pensées sont liées avec nos interrogations en Grèce aujourd’hui. La richesse augmente et donc il faut qu’il existe la possibilité (…) d’un partage plus juste de sorte qu’on puisse satisfaire la demande raisonnable d’un revenu garanti pour tous et des pensions dignes.

Le chômage et en particulier le chômage des jeunes est notre ennemi commun. La pauvreté et la mise à l’écart des groupes sociaux est notre danger commun. Aucune société ne peut  réellement prospérer, lorsqu’ il existe des inégalités sociales explosives qui dynamitent la cohésion sociale ».

Ces mots ne sortent pas de la bouche d’une quelconque personne qu’on aura vite fait de la cataloguer comme gauchiste, ni même d’un philosophe en mal de télévision. C’est un homme d’Etat d’un gouvernement de droite. Malheureusement le site de la Présidence est en grec de sorte  que peu de personnes non grecques y ont accès.

Je pensais que ceci pourrait être intéressant  pour chacun de mes amis français  et européens dont leur gouvernement s’apprête à attaquer les systèmes sociaux, en mettant en danger , durablement, la cohésion sociale.

 

 

11.10.2007

L'OTAN ET ALEXANDRE LE GRAND.BREVE ANALYSE POLITIQUE

L’OTAN, Alexandre le Grand et la Macédoine

Il peut paraître difficile de comprendre le conflit entre Athènes et Skopje concernant le nom, qui dure depuis 15 ans.

Pour les Grecs la Macédoine est grecque. Pour les Macédoniens de Skopje leurs problèmes en apparence  métaphysiques ne font qu’occulter leur peur de se voir submergés par la démographie galopante de la  population albanaise. Dès lors eux aussi sont pris dans le piège d’un nom qui cache mal la complexité ethnique de ce petit pays.

  En Grèce, lorsqu’on ose dire qu’ Alexandre le grand pourrait être bisexuel ou pire, boucher,- en somme criminel de guerre s’il n’avait pas l’aura du grand conquérant civilisateur- tous les Grecs instruits et moins instruits, populistes et politiciens de tout bord secondés par la presse écrite et le télévision et par quelques évêques, sont unanimes pour condamner les blasphémateurs.

Ce serait assurément risible si cet attachement au passé hellénique n’aboutissait pas à des excès. Je crois que la Grèce , comme d’autres pays dans les Balkans, ont besoin de ce passé glorieux, presqu’aseptisé, pour se persuader que la  gloire du passé transcende leur modernité bien moins glorieuse. Tous ces pays sont des reliquats d’empires du passé antique, byzantin et même ottoman.

 Plus grave : la Grèce ne se sent pas suffisamment forte pour assumer son présent et a développé un complexe à l’égard des autres européens. Elle a l’impression qu’après avoir donné tant à cette Europe jadis barbare, celle-ci ne le lui rend pas.

Dès lors, dès qu’un américain, tout important qu’il soit à cause de sa qualité de médiateur désigné pour régler le conflit gréco-macédonien, ose qualifier de boucher Alexandre le Grand toute la Grèce devient hystérique.

Mais un pays qui se sent solide a-t-elle vraiment raison de s’en faire parce qu’l’un ou l’autre ignare raconte sa version de l’histoire ? Faut-il que le ministère des Affaires Etrangères s’y mêle et proteste  parce que la culture historique de ce haut fonctionnaire américain, Mr Matthew  Nimits, se limite au film d’Oliver Stone.

Au-delà de ces barbouillements intellectuels, d’autres éléments me paraissent  plus inquiétants. Qui n’ont rien à voir avec les préoccupations populaires des deux pays balkaniques, mais qui ont à faire avec le partage des nouvelles sphères d’influence. Et que les pays immédiatement intéressés deviennent les pions d’un jeu politico-stratégique mené par les Etats-Unis.

Hier et avant-hier le secrétaire général de l’OTAN rencontrait la secrétaire d’Etat Rice à Washington pour discuter, entre autres, de l’entrée de la Macédoine(FYROM) dans l’Alliance Atlantique et les discussions qui vont avoir lieu à Bucarest. Progressivement,  les Américains qui ont plus de 700 bases dans  au moins 130 pays, reprennent les positions balkaniques que Yalta les avait privé.

Personne ne peut vraiment croire que la Macédoine est indispensable à l’OTAN autrement que pour permettre, légalement, la mise en place d’un système militaire qui sert les intérêts américains. Sert- il pour autant  les intérêts européens ? Rien n’est moins sûr, car même si nous nous inquiétons des pays comme la Chine ou l’Inde on ne peut oublier que l’ex Union soviétique est un empire blessé dans son orgueil. Et qu’il est toujours une puissance. Et qu’il est situé en Europe. Prise dans un étau, la Russie voit non seulement lui échapper la Pologne , la Hongrie , la Tchéquie , la Slovaquie mais sent la présence américaine à sa porte avec les événements en Ukraine. L’ancrage de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’union européenne et le démantèlement de l’ancienne Yougoslavie sont autant d’affaiblissements de sa position dans les Balkans et autant des avancées  américaines. Malheureusement cette situation fragilise aussi l’Union européenne.

De l’autre coté nous, les européens, sommes incapables d’avoir une politique étrangère commune, encore moins une défense commune. Nos concitoyens ne sont pas prêts à mettre la main dans la poche pour avoir cette défense. Alors on se contente de l’Alliance atlantique, ou de l’Alliance essentiellement américano-anglaise où les autres membres ont un rôle moindre. Ceci vaut pour la Belgique comme pour la France. Ceci vaut aussi pour la Grèce puisque les officiels américains viennent de déclarer que le conflit autour du nom de la Macédoine n’est pas un préalable pour l’entrée de ce pays dans l’l’OTAN.

Le premier ministre grec Constantin Caramanlis dira t-il comme le président Sarkozy vient de le dire  aux Russes : "je suis ami des Américains mais je ne suis pas vassal".

Le dire c’est une chose, le croire c’en est une autre. Le démontrer c’est encore autre chose.

01.10.2007

Politique internationale.Balkans

VETO GREC ET  LE DESTIN EUROATLANTIQUE DE LA MACEDOINE (FYROM) 

Il fallait s’attendre. Tombé en pleine présentation du programme gouvernemental au Parlement,moment où le gouvernement demande sa confiance , l’incident du 25 septembre aux Nations Unies (voir billet précédent) ) a raidi à l’extrême la position grecque.

Selon le premier ministre grec Costas Karamanlis, intervenant au Parlement les 29-30 septembre, « nous avons fait savoir expressément à nos voisins de Skopje que s' ils souhaitent réellement adhérer aux institutions euro atlantiques, ils doivent respecter entièrement les Accords et abandonner leur position irréconciliable afin de trouver une solution acceptable par les deux parties en ce qui concerne leur nom. Voilà nos positions. Et ces positions sont parfaitement claires ».

Secondé par la ministre des Affaires Etrangères, Dora Bakoyianni, celle-ci  fit  état de l’incident  pour estimer que « dans ces conditions il ne peut pas y avoir du progrès dans la perspective de l’adhésion de ce pays à l’OTAN et à l’UE ».

«  La question du nom n’est pas une question bilatérale, ni une question sentimentale. C’est un sujet politique par excellence. C’est une question de respect et d’application des relations de bon voisinage. Il s’agit, en dernière analyse, d’une question de stabilité régionale et de collaboration ».

Et  ajouta «  Nous parlons pour l’avenir et non pour le passé. Les actes et les omissions de Skopje, l’attitude irréconciliable, la  large propagande  fondée sur une logique irrédentiste et toute sorte de provocations minent la lettre et l’esprit de la Convention intérimaire de 1995.  La Grèce , comme je l’ai souligné à New York conserve dans sa totalité tous les droits qui émanent de sa qualité de membre de l’OTAN et de l’UE ».

S’adressant aux membres du Parlement, elle indiqua qu' «  en ce qui concerne la procédure qui est suivie au sein des Nations Unies nous avons fait tous les pas nécessaires.Mais lautre partie doit aussi couvrir une certaine distance. Malheureusement elle ne l’a pas encore fait.

Je les invite à abandonner le plus rapidement possible cette attitude sans issue.

Le ministère des Affaires Etrangères, a reçu instruction de la part du premier ministre à faire connaître clairement la position de la Grèce à tous les amis, alliés et partenaires.

La Grèce est prête pour une solution communément acceptée. Celle ci est la position responsable du plus ancien membre de l’UE et de l’OTAN de cette région. C’est la position de la Grèce qui , évidemment, conserve intactes toutes les possibilités qu’elle a comme Etat membre de ces organisations. Il n’y a qu’une seule voie pour Skopje qui mène à l’OTAN et à l’UE. La voie de la solution communément acceptée. Point barre.Ca c’est le message fort de la Grèce. Vers toutes les directions »

Face à ce conflit, le President Mr Branko CRVENKOWSKI, accompagné du ministre des affaires Etrangères Mr Antonio MILOSOSKI  voit à Bruxelles le mercredi 3 octobre le commissaire chargé de l’élargissement. Olli Rehn, le membre finlandais de la Commission européenne n’a pas beaucoup de marge de manœuvres dans la mesure où la toute première priorité de la jeune république est son adhésion à l’OTAN. Sans doute le Commissaire européen , tout en constatant une amélioration, ne manquera pas de souligner que la Macédoine doit faire des grands efforts pour combattre la corruption et que le chemin pour l’Union européenne est bien long, veto grec ou non..  Mr  CRVENKOWSKI verra une heure  plus tard Javier Solana qui a déjà le problème de la reconnaissance du Kosovo dans les bras.  Le lendemain ,le président de l’ARYM verra le ministre socialiste du gouvernement Fillon, Mr Kouchner. Peut être ce dernier, sera mieux inspiré d’abandonner ses qualités diplomatiques au profit de ses compétences médicales. Il doit faire la part de qui relève d’un problème existentiel pour les macédoniens de Skopje et d’un problème psychotique pour les grecs. C’est ça parfois la grande politique.

 
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