10.10.2007
Le cancer du Primat de Grèce
A propos d'un malade
Quoi de plus normal qu’un être humain qui prend, un jour, le chemin de la mort. L’égalité absolue ; Tous doivent mourir un jour, peu importe le titre ou la fonction, le pays ou la religion.
Il est vrai cependant que lorsque les personnes dont l’âge ou la maladie les rapprochent de la mort occupent une place exceptionnelle, d’autres humains, encore valides, entendent leur tour pour occuper la place unique, la place vacante. Tels des cafards, les envies enfouies depuis longtemps viennent à la surface
Il en va ainsi des Rois et des Présidents, des Académiciens et des Magistrats. Il en va aussi des serviteurs de l’Eglise. Charité bien ordonnée commence par soi même.
Telle est la situation du Primat de Grèce, Monseigneur Christodoulos. Il n’est pas un simple malade et les média se sont chargés de faire savoir toutes les péripéties de ses opérations.
Pendant l’été, il avait été opéré et réopéré à Athènes pour un cancer aux intestins. Le diagnostic, sévère. Le foie était atteint et il fallait lui transplanter celui d’un donneur. La Grèce ne pouvant pas vraiment assurer cette opération, il quitta Athènes pour Miami pour y être opéré par un brillant chirurgien gréco américain. Mais voilà qu’opéré pour être transplanté les médecins constatent que les nombreuses métastases ne permettent pas la transplantation. En somme il est inguérissable. Il reste à lui assurer une qualité de vie pour le restant de son parcours vers celui qu’il a servi depuis toujours. Né à Xanthi (nord de la Grèce ) en 1939, est devenu Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce en 1998. Ordonné prêtre en 1965, il deviendra le secrétaire du Saint- Synode, l’autorité dirigeante de l’Eglise grecque. Deux ans plus tard, lorsque le 21 avril 1967 les colonels prennent le pouvoir, son patron et Primat de Grèce Monseigneur Hiéronymos est un fidèle du pouvoir militaire. Lorsque cette période prend fin en 1974, Christodoulos sera nommé métropolite (évêque) de Démetrias en Thessalie.
On ne doute pas des soins qui lui ont été prodigués, ni de l’affection de ses proches, ni des pensées sincères des milliers des Grecs. Ils aiment ce bouillonnant personnage, plein de verve, rhéteur à l’ancienne, défenseur de l’église orthodoxe, nationaliste sur le bord, ne manquant pas de critiques acerbes à l’égard des Turcs, approuvant le dialogue interreligieux mais portant un jugement sévère sur l’attitude de l’Islam.
Reçu à Rome le 14 décembre 2006 par le Saint Père Benoît XVI en sa qualité de Primat de la très sainte Eglise de Grèce, Sa Béatitude Christodoulos rappela dans son discours adressé au Saint Père qu'il fallait être vigilants face à tout ce qui menace les valeurs et les structures de la civilisation européenne profondément imprégnées de la foi chrétienne, en citant notamment "l'exclusion de l'Eglise de la vie publique".
J’ai eu le plaisir de diner avec lui et plusieurs évêques qui l’accompagnaient lors d’un voyage à Bruxelles. Un homme qui aime bien manger et bien boire aime aussi l’humour. Dérangeant en politique car sans langue de bois. Personnage éblouissant et controversé, écrivain confirmé, mais qui a un défaut : la plupart du temps, il écoute le conseil du dernier qui lui a parlé. Cela lui a joué bien des tours et des inimitiés ont été créées au sein du Saint Synode. A l’annonce de la non transplantation du foie, le métropolite de Zante a marqué le coup de la…succession. Ah, nature humaine. Pousse-toi pour que je prenne ta place. Même si tu n’es pas encore mort. Pour certains hiérarques, Il appartient déjà aux « has beeing ». Les autres tentent de rappeler qu’il faut montrer du respect, surtout au sein de l’Eglise. Au moins du respect, sinon de l'amour.
Moi je sais qu’il ne voudra pas rester en Amérique pour suivre la chimiothérapie. Il voudra revenir vers son pays natal. Là où le soleil brille et rend la vie plus douce. Surtout lorsque chaque jour compte et lorsque le pouvoir ou le titre apparaît tellement éphémère, tellement illusoire.
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25.09.2007
Politique et religion en Grèce
RENTREE PARLEMENTAIRE ET SERMENT SUR L’EVANGILE
Une belle bagarre s’annonce demain entre une gauche laïque et les autres députés, toutes tendances confondues, attachés à la religion orthodoxe soit par croyance sincère soit pour entretenir leur jardin électoral. Suite aux élections du 16 septembre, les députés se réunissent demain pour prêter serment. Cependant, le Synaspismos, (la coalition de gauche), qui a fortement amélioré son score lors des élections, conteste le serment tel qu’il est prévu par la Constitution.
En effet, la Constitution grecque est proclamée « Au nom de la Trinité sainte, consubstantielle et indivisible ». Deux dispositions expresses renforcent la position de l’église orthodoxe.
D’une part, l’article 3 prévoit que « la religion dominante en Grèce est celle de l'Église orthodoxe orientale du Christ. L'Église orthodoxe de Grèce, reconnaissant pour chef Notre Seigneur Jésus-Christ, est indissolublement unie, quant au dogme, à la Grande Église de Constantinople et à toute autre Église chrétienne du même dogme, observant immuablement, comme celles-ci, les saints canons apostoliques et synodiques ainsi que les saintes traditions.
D’autre part, l’article 59 dispose que « avant de prendre leurs fonctions, les députés prêtent, dans le palais du Parlement et en séance publique, le serment suivant :
« Je jure au nom de la Trinité sainte, consubstantielle et indivisible d'être fidèle à la patrie et au régime démocratique, d'obéir à la Constitution et aux lois et de remplir consciencieusement mes fonctions. »
2. Les députés hétérodoxes ou appartenant à une autre religion prêtent le même serment selon la formule de leur propre dogme ou religion ».
Alekos Alavanos, le dirigeant du Synaspismos a raison de vouloir bousculer les habitudes prises de « sanctifier » chaque rentrée scolaire, parlementaire, judiciaire et passer par tous ces serments sur l’Evangile.
La Grèce est certainement un pays dont la majorité absolue de ses citoyens est orthodoxe, comme moi, mais il est temps de procéder à la séparation formelle de l’Etat et de l’Eglise. Ceci est aussi dans l’intérêt de l’Eglise.
Et puis la Grèce ne peut plus faire semblant d’ignorer la jurisprudence de la Cour des Droits de l’Homme de Strasbourg. Elle a déjà été condamnée en 1993 pour violation de la liberté religieuse (affaire Kokkinakis).
Depuis lors, une affaire semblable à celle soulevée par la coalition de gauche, a été jugée par la même Cour. Dans l’affaire Buscarini contre Saint Marin (arrêt du 18 février 1999) les requérants étaient des ressortissants saint-marinais. Elus au Parlement le 18 juin 1993, ils prêtèrent serment par écrit sans toutefois se référer aux Evangiles, comme prescrit par l'article 55 de leur Loi électorale. Le 26 juillet 1993, le Parlement enjoignit aux requérants de répéter le serment et de jurer cette fois-ci sur les Evangiles, sous peine de déchéance de leur mandat. Les requérants obtempérèrent à la sommation, tout en se plaignant notamment d'une violation de leur liberté de religion et de conscience, garantie par l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’Homme.
Face aux arguments du Gouvernement, soulignant notamment l'importance du serment des élus du peuple, la particularité de Saint-Marin, dont l'histoire et les traditions nationales ont des liens avec la religion chrétienne, la République ayant été fondée par un saint, et le fait qu’aujourd'hui la valeur religieuse du serment serait remplacée par la « nécessité de protéger l'ordre public, à savoir la cohésion sociale et la confiance des citoyens dans leurs institutions traditionnelles », la Cour note, qu’indépendamment du caractère légitime des buts indiqués par le Gouvernement, sur lequel elle ne juge pas nécessaire de se prononcer, personne ne doute que le droit national en cause garantit, en général, la liberté de conscience et de religion. En l'occurrence, le fait d'avoir imposé aux requérants le serment sur les Evangiles équivaut toutefois à l’obligation pour deux élus du peuple de faire allégeance à une religion donnée, ce qui n’est pas compatible avec l’article 9 de la Convention. Comme la Commission l'a affirmé à juste titre dans son rapport, il serait contradictoire de soumettre l'exercice d'un mandat qui vise à représenter au sein du Parlement différentes visions de la société, à la condition d'adhérer au préalable à une vision déterminée du monde. La restriction incriminée ne saurait dès lors passer pour « nécessaire dans une société démocratique ».
Il sera intéressant de voir comment vont se positionner les « Grands » du Pasok(parti socialiste), car il est plus que probable que A. Alavanos ne lâchera pas le morceau. Il a pour lui la jurisprudence de la Cour de Strasbourg, mais aussi le fait que des voix se sont élevées au sein du Conseil d’Etat ( la plus haute juridiction administrative, calquée sur le Conseil d’Etat français) pour refuser, elles aussi cette présence ecclésiastique.
19:48 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Parlement grec, Constitution grecque, Religion orthodoxe, Droits de l'Homme, Synaspismos, Pasok
Politique et religion en Grèce
RENTREE PARLEMENTAIRE ET SERMENT SUR L’EVANGILE
Une belle bagarre s’annonce demain entre une gauche laïque et les autres députés, toutes tendances confondues, attachés à la religion orthodoxe soit par croyance sincère soit pour entretenir leur jardin électoral. Suite aux élections du 16 septembre, les députés se réunissent demain pour prêter serment. Cependant, le Synaspismos, (la coalition de gauche), qui a fortement amélioré son score lors des élections, conteste le serment tel qu’il est prévu par la Constitution.
En effet, la Constitution grecque est proclamée « Au nom de la Trinité sainte, consubstantielle et indivisible ». Deux dispositions expresses renforcent la position de l’église orthodoxe.
D’une part, l’article 3 prévoit que « la religion dominante en Grèce est celle de l'Église orthodoxe orientale du Christ. L'Église orthodoxe de Grèce, reconnaissant pour chef Notre Seigneur Jésus-Christ, est indissolublement unie, quant au dogme, à la Grande Église de Constantinople et à toute autre Église chrétienne du même dogme, observant immuablement, comme celles-ci, les saints canons apostoliques et synodiques ainsi que les saintes traditions.
D’autre part, l’article 59 dispose que « avant de prendre leurs fonctions, les députés prêtent, dans le palais du Parlement et en séance publique, le serment suivant :
« Je jure au nom de la Trinité sainte, consubstantielle et indivisible d'être fidèle à la patrie et au régime démocratique, d'obéir à la Constitution et aux lois et de remplir consciencieusement mes fonctions. »
2. Les députés hétérodoxes ou appartenant à une autre religion prêtent le même serment selon la formule de leur propre dogme ou religion ».
Alekos Alavanos, le dirigeant du Synaspismos a raison de vouloir bousculer les habitudes prises de « sanctifier » chaque rentrée scolaire, parlementaire, judiciaire et passer par tous ces serments sur l’Evangile.
La Grèce est certainement un pays dont la majorité absolue de ses citoyens est orthodoxe, comme moi, mais il est temps de procéder à la séparation formelle de l’Etat et de l’Eglise. Ceci est aussi dans l’intérêt de l’Eglise.
Et puis la Grèce ne peut plus faire semblant d’ignorer la jurisprudence de la Cour des Droits de l’Homme de Strasbourg. Elle a déjà été condamnée en 1993 pour violation de la liberté religieuse (affaire Kokkinakis).
Depuis lors, une affaire semblable à celle soulevée par la coalition de gauche, a été jugée par la même Cour. Dans l’affaire Buscarini contre Saint Marin (arrêt du 18 février 1999) les requérants étaient des ressortissants saint-marinais. Elus au Parlement le 18 juin 1993, ils prêtèrent serment par écrit sans toutefois se référer aux Evangiles, comme prescrit par l'article 55 de leur Loi électorale. Le 26 juillet 1993, le Parlement enjoignit aux requérants de répéter le serment et de jurer cette fois-ci sur les Evangiles, sous peine de déchéance de leur mandat. Les requérants obtempérèrent à la sommation, tout en se plaignant notamment d'une violation de leur liberté de religion et de conscience, garantie par l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’Homme.
Face aux arguments du Gouvernement, soulignant notamment l'importance du serment des élus du peuple, la particularité de Saint-Marin, dont l'histoire et les traditions nationales ont des liens avec la religion chrétienne, la République ayant été fondée par un saint, et le fait qu’aujourd'hui la valeur religieuse du serment serait remplacée par la « nécessité de protéger l'ordre public, à savoir la cohésion sociale et la confiance des citoyens dans leurs institutions traditionnelles », la Cour note, qu’indépendamment du caractère légitime des buts indiqués par le Gouvernement, sur lequel elle ne juge pas nécessaire de se prononcer, personne ne doute que le droit national en cause garantit, en général, la liberté de conscience et de religion. En l'occurrence, le fait d'avoir imposé aux requérants le serment sur les Evangiles équivaut toutefois à l’obligation pour deux élus du peuple de faire allégeance à une religion donnée, ce qui n’est pas compatible avec l’article 9 de la Convention. Comme la Commission l'a affirmé à juste titre dans son rapport, il serait contradictoire de soumettre l'exercice d'un mandat qui vise à représenter au sein du Parlement différentes visions de la société, à la condition d'adhérer au préalable à une vision déterminée du monde. La restriction incriminée ne saurait dès lors passer pour « nécessaire dans une société démocratique ».
Il sera intéressant de voir comment vont se positionner les « Grands » du Pasok(parti socialiste), car il est plus que probable que A. Alavanos ne lâchera pas le morceau. Il a pour lui la jurisprudence de la Cour de Strasbourg, mais aussi le fait que des voix se sont élevées au sein du Conseil d’Etat ( la plus haute juridiction administrative, calquée sur le Conseil d’Etat français) pour refuser, elles aussi cette présence ecclésiastique.
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