19.10.2007
A quoi joue la Confédération européenne des syndicats?
A l’occasion des sommets européens et avant la grande messe qui réunit les chefs d’Etat ou de Gouvernement, le Président en exercice, aujourd’hui Socrates, non pas le philosophe grec mais le premier ministre portugais, reçoit les partenaires sociaux européens. C’est ce qu’on appelle le Sommet social tripartite. Il s’agit des grands employeurs(BusinessEurope), des petites et moyennes et entreprises et des entreprises publiques d’une part et des syndicats au niveau européen(CES) d’autre part qui se réunissent avec le Président du Conseil européen, de la Commission et les futurs présidents du Conseil européen.
Que le patronat défende ses positions c’est tout à fait légitime. Mais que la CES se limite à avaliser des points de vue exprimés par le patronat, me laisse perplexe. Son secrétaire général est un homme charmant, mais il a du syndicalisme une conception anglaise qui le limite à un rôle de représentation. Ce n’est pas la conception qu’a l’Europe continentale du dialogue social.
Ainsi il semble normal à la CES de cosigner avec le patronat un document sur la flexicurité, une notion qui devrait être bannie du vocabulaire de l’Europe sociale.
On ne peut pas ne pas apercevoir, dans les différents communiqués de la CES , un malaise.
« La CES reconnaît que les entreprises et les travailleurs ont besoin à la fois de flexibilité et de sécurité. Toutefois, la forme de flexicurité que propose la Commission , est déséquilibrée. En prenant les contrats flexibles et les licenciements facilités comme principes majeurs, elle mine la stabilité des emplois et déplace l’équilibre des forces vers les entreprises. Dans sa résolution, la CES demande aux décideurs européens d’établir un agenda politique qui encourage la flexicurité interne et la qualité des emplois » (communique de ce 18 octobre).
En même temps, comme pour se gifler elle-même, la CES renvoie à l’ « analyse commune des partenaires sociaux ».
Celle-ci écrite uniquement en anglais(*) et en particulier les pages 52 et 53 me font penser qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au sein de la CES. J ’aimerais savoir qui, du coté des travailleurs européens syndiqués, est au courant ou a participé à cette brochure que ce soit la CFDT , la FGTB de la Belgique , la CGT grecque, ou les Luxembourgeois ou une autre organisation nationale. Il est anormal que des documents aussi importants soient dans une seule langue.
C’est un peu court - que de dire avec les employeurs, sans plus, que les directives adoptées en 1997 sur le temps partiel, sur le travail à durée déterminée(1999) ou sur le congé parental (1995) ont été prises en « vue de contribuer à une meilleure balance entre la flexibilité et la sécurité » ? Les directives de 1997 ne concernent que la « flexibilité du temps de travail » en vue d’assurer « la suppression des discriminations qui frappaient ces travailleurs »(en grande partie des femmes). Quant au congé parental il n’a rien à faire avec la flexicurité, mais avec le respect de la charte des droits sociaux fondamentaux des travailleurs et le principe fondamental de l’égalité entre les hommes et les femmes, qui, lui, n’est pas flexible ! C’est une aberration de la part de la CES d’avoir souscrit à ce texte et c’est une irresponsabilité collective de la part de toutes les organisations syndicales affiliées de l’avoir autorisé.
D’autant plus qu’il est demandé au Conseil européen d’en tenir compte dans ses conclusions du mois de décembre. C’est bien cela que Monsieur Ernest-Antoine Seillière, Président du BusinessEurope (ancien président du MEDEF) a rappelé au premier ministre portugais dans sa lettre du 16 octobre 2007.
*Key challenges facing European labour markets: european Social partners joint analysis
08:30 Publié dans EUROPE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sommet social Tripartite, dialogue social européen, CES, flexicurité










