22.10.2007
LA TURQUIE DANS LA TOURMENTE
Ceux qui étaient dans une des artères principales de Bruxelles hier soir vers 23h auraient pu voir manifester des Turcs de Bruxelles. C’était une manifestation spontanée, comme d’autres dans plusieurs villes de la Turquie. La nouvelle d’une attaque menée par des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan venait de tomber quelques heures auparavant. Une trentaine de combattants kurdes et douze soldats turcs venaient d’être tués et une quinzaine furent blessés à l’occasion d’une embuscade, près de la frontière. Début octobre, une quinzaine d’autres soldats turcs avaient été tués.
On se rappellera que le 17 octobre le Parlement turc avait donné l’autorisation au gouvernement à utiliser l’armée quand il lui paraîtrait nécessaire et entrer dans le territoire irakien. En vérité, depuis le mois de juin jusqu’à aujourd’hui, près de 60000 soldats turcs sont prêts à intervenir. L’attaque de ce dimanche tomba, comme par provocation supplémentaire, en plein referendum constitutionnel relatif à l’élection au suffrage universel des futurs présidents de la République.
La réunion de crise dimanche soir à Ankara, sous la présidence de Mr Abdullah Gül, président de la Turquie , réunissait le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le chef de l'armée, le général Yasar Büyükanit, pendant que le ministre de la défense était à Kiev.
Sans doute la riposte turque ne se fera pas sans des entretiens préalables avec les Américains et sans essayer de calculer les fameux « dommages collatéraux », c'est-à-dire le nombre possible des victimes civiles et les conséquences …financières et pétrolières.
Quant à l’Irak, autre allié des Américains, la condamnation de la menace de l’incursion turque et son refus de capturer et de livrer les chefs du PKK aux Turcs ont été mal accueillis par la Turquie.
Il est vrai que le président irakien Jalal Talabani avait la formule qui fâche : "Remettre les chefs du PKK à la Turquie est un fantasme qui ne se réalisera jamais". On peut presque comprendre la formule tout aussi peu politique du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan : « Notre colère et notre haine sont grandes ».
La Turquie se trouve plus vite que prévu dans une situation délicate. D’abord, évidemment, pour des raisons internes. Ensuite, parce que les relations avec les Américains ne sont pas au beau fixe à cause de la …presque reconnaissance du génocide arménien et ses relations avec l’Irak se trouvent en voie de forte détérioration. En outre, le Kurdistan se développe grâce aux …mêmes alliés américains et que les militaires Turcs rêvent d’envahir.
Cette situation trouble les plans des Américains car la fragilisation supplémentaire de cette partie de l’Irak risque de rendre le pays totalement incontrôlable. Quant aux Européens, ils sont inquiets non seulement à cause de cette situation pour laquelle ils n’ont pas de position commune, mais aussi à cause de la probable flambée du pétrole. Les spéculations qui suivront une éventuelle escalade militaire, sous la pression du peuple turc, mettront en difficulté l’économie européenne et par conséquent un nombre important des ménages.
Cette situation doit également nous faire réfléchir sur l’étendue que nous voulons donner à l’Union européenne et à ses frontières extérieures.
08:00 Publié dans EUROPE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Turquie, Europe, Kurdistan, génocide arménien, pétrole
12.10.2007
LA TURQUIE ET L'EUROPE
Il fallait s’attendre à ce que le paysage turc rentre dans le brouillard. Premiers responsables, les gouvernements successifs de la Turquie.
A force de se soumettre aux desiderata des ses alliés américains, ces derniers les ont vraiment pris pour des vassaux. Voilà qu’ils veulent envahir le territoire kurde, sans l’autorisation américaine. Les stratèges américains les rappellent à l’ordre car une telle intervention risquerait d’ébranler cette partie de l’Irak plus ou moins stabilisée et deviendraient partie prenante d’un nouveau conflit. D’ailleurs Xavier Solana, est intervenu aussi dans ce sens au nom de l’Union européenne.
D’autre part les militaires turcs voudraient bien rappeler aux politiciens qu’ils sont présents sur la scène politique interne. Une intervention chez les Kurdes, apparemment à issue victorieuse avec très peu de pertes, rehausserait le prestige de ces faucons turcs, ombres du pouvoir en place depuis trop longtemps. Mais même s’ils ne doivent pas étendre outre mesure leur intervention dans le territoire irakien, ils devront intervenir. Il y va maintenant de leur crédibilité.
Il ne faut pas essayer de comprendre la Turquie avec nos critères occidentaux, ni se gargariser avec la soi disant laïcité de l’Etat turc, ni surtout la comparer avec la laïcité française. Ayant un doigt d’un pied en Europe et le reste du corps en Anatolie, en Orient, le pays vit sous deux monothéismes. Le premier est le Kémalisme, saint patron des militaires et d’une caste sociale et politique moderne sinon cosmopolite. Autour des militaires, en particulier des haut gradés, toute une série de coopératives avec des fonds importants. Le corps de l’armée , lui , est plus ou moins de structure orientale avec cette particularité qu’on trouve dans les frontières turques des « gardiens » sous l’ordre de ce qu’on pourrait appeler un chef de tribu, ou chef local de guerre.
Le deuxième monothéisme est évidemment l’Islam. Celui qui, à travers une multitude d’associations, est proche des laissés pour compte de la société turque. La démocratie turque est égale à sa corruption. Elle se trouve au même niveau que la corruption bulgare ou croate selon le dernier rapport de Transparency International. Il s’en suit que les plus faibles de la société turque paient les frais, mais en même temps cela provoque des grandes frustrations. D’autant plus fortes que c’est un pays avec une population très jeune et très peu formée et donc avec peu de débouchés. L’Islam peut être un réconfort mais peut aussi être dévié de sa raison d’être.
Dans ce contexte, les reformes constitutionnelles annoncées et la libéralisation du port du foulard prendront une autre dimension.
Au mois de novembre Olie Rehn, le membre finlandais de la Commission européenne présentera officiellement le Rapport sur les avancées turques (et des autres pays candidats) en vue de son adhésion.
J’y reviendrai lorsqu’il sera publié pour discuter de cette question sensible.
Enfin, nous avons tous suivi la remise à l’ordre du jour de la reconnaissance du génocide arménien par la Commission des Affaires Extérieures du Congrès américain. Qu’on ne se trompe pas. Cette reconnaissance est moins un signe de justice à l’égard des Arméniens qu’un signal à l’égard de l’administration Bush.
Bien sûr la réaction nationale turque fut immédiate et procéda au rappel de son ambassadeur pour des entretiens. Mais les discours des politiciens peuvent constituer ce qu’on appelle, dans les couloirs et vulgairement, des pièges à con. C’est avec beaucoup d’aplomb que le nouveau Président turc, Mr Abdulah Giul, déclara que les Turcs ne peuvent accepter une accusation pour un crime que n’a jamais été commis par la nation turque. Je reviendrai sur ce génocide exécuté par les Turcs, regardé avec passivité par les grandes puissances de l’époque. Mais ce chapitre doit être clôturé. La Turquie doit faire sa propre psychanalyse.
Tant que la Turquie n’a pas fait sa propre catharsis, elle n’est pas en mesure d’avoir une vraie démocratie. Et celle-ci ne peut lui être transmise sur un plateau par l’Union européenne. La démocratie s’acquière par ceux mêmes qui en ont besoin, et c’est eux qui la font murir, sinon ils marcheront toujours avec des béquilles.
18:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Turquie, Europe, Islam, Génocide arménien










