11.10.2007
L'OTAN ET ALEXANDRE LE GRAND.BREVE ANALYSE POLITIQUE
Il peut paraître difficile de comprendre le conflit entre Athènes et Skopje concernant le nom, qui dure depuis 15 ans.
Pour les Grecs la Macédoine est grecque. Pour les Macédoniens de Skopje leurs problèmes en apparence métaphysiques ne font qu’occulter leur peur de se voir submergés par la démographie galopante de la population albanaise. Dès lors eux aussi sont pris dans le piège d’un nom qui cache mal la complexité ethnique de ce petit pays.
En Grèce, lorsqu’on ose dire qu’ Alexandre le grand pourrait être bisexuel ou pire, boucher,- en somme criminel de guerre s’il n’avait pas l’aura du grand conquérant civilisateur- tous les Grecs instruits et moins instruits, populistes et politiciens de tout bord secondés par la presse écrite et le télévision et par quelques évêques, sont unanimes pour condamner les blasphémateurs.
Ce serait assurément risible si cet attachement au passé hellénique n’aboutissait pas à des excès. Je crois que la Grèce , comme d’autres pays dans les Balkans, ont besoin de ce passé glorieux, presqu’aseptisé, pour se persuader que la gloire du passé transcende leur modernité bien moins glorieuse. Tous ces pays sont des reliquats d’empires du passé antique, byzantin et même ottoman.
Plus grave : la Grèce ne se sent pas suffisamment forte pour assumer son présent et a développé un complexe à l’égard des autres européens. Elle a l’impression qu’après avoir donné tant à cette Europe jadis barbare, celle-ci ne le lui rend pas.
Dès lors, dès qu’un américain, tout important qu’il soit à cause de sa qualité de médiateur désigné pour régler le conflit gréco-macédonien, ose qualifier de boucher Alexandre le Grand toute la Grèce devient hystérique.
Mais un pays qui se sent solide a-t-elle vraiment raison de s’en faire parce qu’l’un ou l’autre ignare raconte sa version de l’histoire ? Faut-il que le ministère des Affaires Etrangères s’y mêle et proteste parce que la culture historique de ce haut fonctionnaire américain, Mr Matthew Nimits, se limite au film d’Oliver Stone.
Au-delà de ces barbouillements intellectuels, d’autres éléments me paraissent plus inquiétants. Qui n’ont rien à voir avec les préoccupations populaires des deux pays balkaniques, mais qui ont à faire avec le partage des nouvelles sphères d’influence. Et que les pays immédiatement intéressés deviennent les pions d’un jeu politico-stratégique mené par les Etats-Unis.
Hier et avant-hier le secrétaire général de l’OTAN rencontrait la secrétaire d’Etat Rice à Washington pour discuter, entre autres, de l’entrée de la Macédoine(FYROM) dans l’Alliance Atlantique et les discussions qui vont avoir lieu à Bucarest. Progressivement, les Américains qui ont plus de 700 bases dans au moins 130 pays, reprennent les positions balkaniques que Yalta les avait privé.
Personne ne peut vraiment croire que la Macédoine est indispensable à l’OTAN autrement que pour permettre, légalement, la mise en place d’un système militaire qui sert les intérêts américains. Sert- il pour autant les intérêts européens ? Rien n’est moins sûr, car même si nous nous inquiétons des pays comme la Chine ou l’Inde on ne peut oublier que l’ex Union soviétique est un empire blessé dans son orgueil. Et qu’il est toujours une puissance. Et qu’il est situé en Europe. Prise dans un étau, la Russie voit non seulement lui échapper la Pologne , la Hongrie , la Tchéquie , la Slovaquie mais sent la présence américaine à sa porte avec les événements en Ukraine. L’ancrage de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’union européenne et le démantèlement de l’ancienne Yougoslavie sont autant d’affaiblissements de sa position dans les Balkans et autant des avancées américaines. Malheureusement cette situation fragilise aussi l’Union européenne.
De l’autre coté nous, les européens, sommes incapables d’avoir une politique étrangère commune, encore moins une défense commune. Nos concitoyens ne sont pas prêts à mettre la main dans la poche pour avoir cette défense. Alors on se contente de l’Alliance atlantique, ou de l’Alliance essentiellement américano-anglaise où les autres membres ont un rôle moindre. Ceci vaut pour la Belgique comme pour la France. Ceci vaut aussi pour la Grèce puisque les officiels américains viennent de déclarer que le conflit autour du nom de la Macédoine n’est pas un préalable pour l’entrée de ce pays dans l’l’OTAN.
Le premier ministre grec Constantin Caramanlis dira t-il comme le président Sarkozy vient de le dire aux Russes : "je suis ami des Américains mais je ne suis pas vassal".
Le dire c’est une chose, le croire c’en est une autre. Le démontrer c’est encore autre chose.
08:30 Publié dans EUROPE | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Macédoine, Grèce, OTAN, Union européenne










